Nigeria: l’économie étranglée par le manque de devises étrangères

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Le cauchemar du manque de devises étrangères continue au Nigeria. Il affecte désormais toute l’économie du pays, jusqu’à l’homme le plus riche d’Afrique, Aliko Dangote.

Une légère augmentation des cours du pétrole n’aura pas permis au Nigeria de résoudre sa crise de pénurie de devises.

Maintien artificiel du taux de change

Economie presque exclusivement fondée sur le pétrole depuis 50 ans a plongé avec la chute du cours du baril. Mais la crise s’est transformée en récession. De ladite récession le gouvernement de Buhari décida de maintenir artificiellement le taux de change du naira et de limiter les transactions faites en monnaies étrangères.

Le maintien du taux de change a finalement été abandonné en juin. Le gouvernement a officiellement décidé de laisser flotter le naira en fonction de l’offre et de la demande. Mais les restrictions de transactions, notamment en dollars, affectent lourdement les affaires. Les entreprises peinent à importer leur matériel, leurs matières premières ou à payer leurs salariés expatriés.

L’empire de M. Dangote lui-même a licencié 36 employés expatriés au sein de Dangote Cement Plc et Dangote Industries Limited puis 12 travailleurs locaux de Dangote Industries Limited en octobre, arguant des “coûts opérationnels”.

Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique, à New York le 18 septembre 2016

“Cette année a été très éprouvante pour nous, en tant qu’entreprise. Le manque de devises disponibles, couplé à une augmentation sans précédent des taux de change a causé une forte augmentation des coûts pour l’organisation”, a expliqué le milliardaire dans une lettre du 20 octobre.

Dans les banques, le naira s’échange à 305 nairas contre le dollar au cours officiel. Mais, au marché noir, là où la plupart des entreprises achètent leurs devises, il est à 460 pour un dollar.

En même temps que le naira s’effondrait, la situation économique s’est aggravée avec les attaques perpétrées par des militants sur les installations pétrolières dans le sud du pays.

La production est passée de 2,2 millions de barils par jour au début de l’année à 1,4 million à cause des violences.

Alors que le pays était le symbole d’une Afrique en pleine croissance, l’économie du Nigeria a finalement ralenti et les prévisions annoncent une contraction de son PIB pour 2016, pour la première fois depuis 25 ans, selon l’agence Bloomberg.

Regrettable

Maintenant que la crise affecte même le multi-milliardaire Dangote, tous les acteurs de l’économie peuvent s’inquiéter.

“C’est regrettable”, explique Muda Yusuf, directeur de la Chambre de commerce et d’industrie de Lagos. “Peu d’entreprises ont assez de devises pour financer leurs besoins en matières premières, essentielles à leur production”, confie-t-il à l’AFP.

“Un taux de change flexible va encourager les échanges et plus de dollars circuleront”, dit-il.

Les compagnies aériennes également souffrent de cette crise. La semaine dernière, Emirates et Kenya Airways ont annoncé la suspension de leurs vols pour la capitale fédérale Abuja à partir du 30 octobre et du 15 novembre, respectivement.

United et Iberia Airlines ont déjà suspendu toutes leurs opérations au Nigeria. Ils ne pouvent plus rapatrier leurs profits, gagnés en nairas mais qui doivent être enregistrés en dollars ou en euros sur les comptes de l’entreprise.

Ainsi, nombreuses compagnies internationales se sont plaintes que le Nigeria leur devait des centaines de millions de dollars de billets.

La situation n’est plus tenable et pour de nombreux analystes financiers, une nouvelle dévaluation est à attendre bientôt, qui entraînera une inévitable hausse des prix, alors que les Nigérians peinent déjà à acheter leurs produits de consommations de base.

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