Niger: Peur dans les camps de réfugiés maliens après les attaques jihadistes

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“Rentrer au Mali ou rester au Niger? dans les deux cas la mort peut être au rendez-vous”, juge Mahamadou. Les réfugiés du camp de Tazalit sont désormais envahis la peur depuis le massacre de 22 militaires nigériens.
L’attaque du 7 octobre a marqué les 3.900 réfugiés du camp onusien dans la région de Tahoua, au nord-ouest de Niamey.

Coups de grâce et pillage

“Certains (soldats tués) ont reçu des coups de grâce dans la tête”, a confié une source militaire à l’AFP. Les trois hangars militaires ont été pillés par des jihadistes présumés venu du Mali, qui ont emporté vivres et armes.

Ce raid allonge la liste des camps de réfugiés maliens attaqués par des groupes jihadistes présumés depuis deux ans au Niger.
Mi-septembre, au moins deux civils ont été tués et plusieurs autres blessés près d’Ayorou (ouest).

“Hier c’était la faim et la soif, aujourd’hui nous sommes traqués par la peur”, explique Alhousseini, un réfugié.
“Peur surtout pour nos enfants”, murmure Agaïchatou, une mère de cinq filles. Si “ceux qui assurent notre sécurité sont tués, un jour ce sera notre tour”, redoute-t-elle.

Bocar Mahamadou réparait sa tente endommagée par un vent violent quand les premières rafales ont été tirées vers 14 heures .
“On s’est dit : ça y est, ils sont venus pour nous exterminer tous”, raconte-t-il.

‘No-man’s land’

Selon l’ONU, plus de 60.000 réfugiés vivent au Niger dans des camps proches du Mali. Ils avaient fui le Nord du Mali tombé en mars-avril 2012 sous la coupe des jihadistes liés à Al-Qaïda.


Des réfugiés maliens dans le camp de Tazalit, le 20 octobre 2016 à Tahoua, au Niger
“Partout, ils font part de leurs craintes d’être attaqués”, affirme à l’AFP un membre du HCR. Des opérations de rapatriement “volontaire” sont en cours, et “il y a très peu de candidats”, regrette cet humanitaire.

“Rentrer ? avec ce qui se passe au Mali ? jamais !”, tranche Aminta, une septuagénaire originaire de la ville d’Adramboucar.

“Nos frères maliens” ont “trouvé ici un havre de paix” mais “la peur les a rattrapés”, compatit Ousmane Almoustpaha, un habitant de Tazalit.

En visite à Tazalit pour “évaluer la situation sécuritaire”, le ministre nigérien de l’Intérieur Mohamed Bazoum a promis “une meilleur sécurisation” de la zone.

Le ministre nigérien de l’Intérieur Mohamed Bazoum en visite au camp de réfugiés maliens de Tazalit, le 21 octobre 2016 à Tahoua, au Niger

Le ministre nigérien de l’Intérieur Mohamed Bazoum en visite au camp de réfugiés maliens de Tazalit, le 21 octobre 2016 à Tahoua, au Niger

“Nous sommes debout et jamais nous ne faillirons à notre devoir de les protéger”, a déclaré le ministre devant un millier de réfugiés. Il a notamment annoncé le retour dans cette zone de la Force militaire spéciale envoyée en renfort en juin à Bosso (sud-est) où une attaque du groupe islamiste nigérian Boko Haram a fait 26 morts parmi les militaires.

Région continuellement visée

Le nord de la région de Tahoua, proche de l’Algérie et du Mali, est l’une des zones les plus instables du Niger. Elle fait également objet de cible pour l’armée. Le 14 octobre Jeffrey Woodke, un humanitaire américain y a été enlevé et emmené au Mali, selon les autorités nigériennes.

Pour un colonel nigérien sous couvert de l’anonymat, les “narco-trafiquants” qui “règnent” dans la zone veulent créer “un no man’s land”.

Vaste zone désertique, très peu surveillée, la région forme un corridor de passage pour les narco-trafiquants. La région de Tahoua est voisine de celle d’Agadez (nord) proche de la Libye. Rapts, vols de véhicules, trafic de cigarettes et migrants clandestins, y sont courant.
“Il faut une forte présence militaire” et “plus de moyens aériens et terrestres”, confie le militaire.

D’autant que “le Niger est un verrou. S’il saute, c’est la boite de Pandore”, met en garde un expert onusien.
“Régler le problème de la sécurité au Mali, c’est également régler le problème de la sécurité au Niger”, avait déclaré le président nigérien Mahamadou Issoufou le 10 octobre lors d’une visite de la chancelière allemande Angela Merkel.

Le Niger doit également faire face dans le sud-est aux attaques incessantes des islamistes de Boko Haram.

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