Kabila pris dans le piège de Tshisekedi : Flagrant délit de violation des libertés publiques

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Sous le regard observateur de la Monusco, le pouvoir a usé de tous les moyens pour empêcher le Rassemblement de tenir son meeting le samedi 5 novembre sur le terrain Triomphal. Le déploiement de la police a ressemblé à un décor de guerre, ternissant encore et toujours l’image du chef de l’Etat, Joseph Kabila. Il n’a pas fait preuve de retenue au point de tomber dans le piège de Tshisekedi. Il a foulé au pied les principes élémentaires de toute démocratie, notamment la liberté d’expression.

La bataille entre l’aile dure de l‘Opposition et la majorité au pouvoir a tourné à l’avantage des tenants du pouvoir. En tout cas, le samedi 5 novembre 2016, les autorités politico-administratives de Kinshasa ont usé de tous les moyens pour déjouer la stratégie du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement qui avait annoncé le même jour un meeting sur l’esplanade du boulevard Triomphal. En lieu et place de la grande manifestation, les Kinois ont eu plutôt droit à un match de football atypique inter-police.

Les différentes équipes de divers commissariats de PNC/Kinshasa se sont relayées entre 6 heures du matin et 18 heures du soir. Et cerise sur le gâteau, tout autour de ce terrain de football digne d’un film de Hollywood, des jeeps et des camions anti-émeute. Par ce moyen subtil, la Rassemblement s’est limité au simple constat d’un fait accompli : son lieu de meeting a été pris d’assaut par des joueurs de football inhabituels.

Au premier regard, l’on a eu l’impression que le pouvoir a réussi à empêcher le Rassemblement de communier avec sa base. Nenni Au contraire, c’est une fois de plus, le chef de l’Etat, Joseph Kabila, qui sort perdant de ce duel au couteau. Et pour cause.

LA CONSTITUTION VIOLEE

En tombant dans le piège d’Etienne Tshisekedi et du Rassemblement, le chef de l’Etat a donné la preuve grandeur nature qu’il ne s’inscrit pas véritablement dans la logique de la démocratie. Il se pose désormais en fossoyeur de la Constitution qui garantit la liberté d’expression et de manifestation, dès lors que la loi n’est pas enfreinte. L’article 26 de la Constitution le démontre à suffisance en stipulant que « La liberté de manifestation est garantie. Toute manifestation sur les voies publiques ou en plein air impose aux organisateurs d’informer par écrit l’autorité administrative compétente… ». La loi lève donc tout pan de voile et ne conditionne toute manifestation publique qu’au simple fait d’«informer» l’autorité compétence, en l’occurrence l’Hôtel de ville de Kinshasa pour le cas du meeting du 5 novembre 2016.

Est-ce que le Rassemblement s’est plié à cette disposition ? Bien sûr. L’Hôtel de ville de Kinshasa a été régulièrement saisi. Ainsi, en vertu de la loi, l’autorité urbaine n’avait qu’une et une seule obligation mobiliser la police pour encadrer ce meeting. Bien plus, le Rassemblement avait, par la voie du secrétaire général de l’UDPS, donné toutes les garanties de sécurité et d’encadrement de ses militants. Si tel est le cas, pourquoi l’Hôtel de ville a alors interdit le meeting du 5 novembre 2016 ?

Reprise par RFI, Thérèse Olenga, porte-parole du gouvernement provincial s’est perdu en conjectures-: « « Les appréciations qui ont été faites en Conseil des ministres ne nous garantissent pas que nous pourrons assurer la sécurité des personnes, a-t-elle expliqué. Voilà les raisons qui nous poussent à dire que nous ne sommes pas en mesure d’encadrer cette activité. Par ailleurs, nous aimerions que les organisateurs assurent aussi leurs responsabilités ».

Ce n’est pas l’avis de Me Georges Kapiamba de l’ACAJ (l’Association congolaise pour le droit à la justice) qui n’hésite pas à évoquer une violation systématique de la Constitution : « L’article 26 de la Constitution impose une seule obligation aux organisateurs, qui est d’informer l’autorité compétente de la manifestation et de son itinéraire. La loi ajoute que la responsabilité et l’obligation d’encadrer la manifestation ou la réunion publique revient exclusivement à cette autorité ».

KABILA, LE GRAND PERDANT

Malgré tous les appels des organismes du système des Nations unies, Kinshasa est resté de marbre, se cabrant sur sa décision d’interdire le meeting du 5 novembre. Une fois encore, le manque de jugeote des gens de la majorité au pouvoir a desservi son autorité morale. C’est l’image Joseph Kabila qui s’en trouve totalement écornée. Indexé par différents organismes internationaux dans les cas flagrants de violation de la liberté de la presse, Joseph Kabila a rajouté sur son sombre palmarès.

Pourtant, rien n’obligeait les autorités de Kinshasa à mobiliser de gros moyens pour empêcher le Rassemblement de tenir son meeting. En réalité, Etienne Tshisekedi a réussi à entraîner Kabila dans son piège. Il a parfaitement gagné son pari ; celui de noircir davantage l’image de Kabila. Ainsi, à Kinshasa comme ailleurs, le chef de ‘Etat s’est fait une nouvelle identité. C’est celle d’un dirigeant pour lequel la démocratie n’a pas de sens. Il passe aussi pour l’un des pourfendeurs de la démocratie.

Sur RFI, l’avocat kényan Mainia Kiai a trouvé des mots justes pour peindre le pouvoir en place à Kinshasa : « C’est avec ce genre d’interdictions que l’on devient une dictature et nous ne voulons pas que la RDC, qui est l’un des plus grands pays d’Afrique, ne devienne une dictature. Il y a eu des progrès, une certaine stabilité après des années tumultueuses, il est donc encore plus important de préserver les libertés démocratiques de la population durant cette période préélectorale ».

Le chef de l’Etat doit faire vite et poser des actes qui comptent pour inverser cette tendance. De plus en plus, dans le monde, l’on pense qu’une dictature est en train de s’installer en RDC. Chaque jour qui passe, Kinshasa en multiplie les preuves, comme ce fut le cas le 5 novembre 2016 sur le boulevard Triomphal. De plus en plus, me monde découvre en Kabila une négation de la démocratie. Avec lui, aux commandes de la RDC, la démocratie devient un leurre.

Par LE POTENTIEL

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