Interruption de RFI et de Radio Okapi en RDC: Une condamnation unanime

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Le signal de RFI est toujours coupé à Kinshasa. Celui de Radio Okapi, la radio des Nations unies, reste brouillé. Le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a expliqué que les autorités locales de Kinshasa et Lubumbashi avaient estimé que RFI s’était « transformée en caisse de résonance, en attaché de presse » des organisateurs du meeting de l’opposition de samedi. Concernant le brouillage des ondes d’Okapi, il renvoie vers le ministère des Affaires étrangères. Toujours est-il que lundi 7 novembre, la communauté internationale a condamné unanimement cette décision, à commencer par l’Organisation internationale de la Francophonie.

C’est la première fois qu’un responsable de l’OIF parle devant le Conseil de Sécurité de l’ONU. Pour cette occasion inédite, sa secrétaire générale Michaëlle Jean, a évoqué l’affaire en parlant d’un acte « inacceptable et à éviter, au nom des libertés de la presse et d’expression ». « Je veux dire ma préoccupation face à la situation qui prévaut actuellement en RDC, un exemple parmi d’autres, où je viens d’être alertée par les plus hautes autorités de RFI du brouillage des signaux FM de cette radio ainsi que ceux de Radio OKAPI, la radio des Nations unies. »

Une coupure « inacceptable », selon le Quai d’Orsay

« Inacceptable », c’est le terme utilisé aussi par le ministère français des Affaires étrangères. Le Quai d’Orsay décrit une « décision incompréhensible dans le monde d’aujourd’hui ». Son porte-parole Romain Nadal demande à Kinshasa de respecter l’indépendance des médias, leurs lignes éditoriales, mais également la Constitution congolaise et les traités internationaux garantissant les droits de l’homme. Selon lui, les coupures et brouillage de RFI et Radio Okapi « risquent d’aggraver les tensions et de provoquer des violences ou des oppositions ».

«La coupure des signaux est tout simplement inacceptable. Ces radios sont indépendantes. Une décision de coupure des signaux ou de brouillage des signaux est incompréhensible dans le monde d’aujourd’hui. La France respecte l’indépendance totale de ces deux radios et considère que la liberté d’expression et la liberté de communication sont consacrées par la RDC, qui est associée à toute une série de traités internationaux qui pose le principe de ces libertés. Il est donc nécessaire que la RDC respecte ses engagements. Et dans le contexte des libertés actuelles en RDC, ces décisions sont extrêmement préoccupantes. Les gouvernements peuvent ne pas apprécier une ligne éditoriale, mais ils sont tenus de la respecter, et en aucun cas, prendre ces décisions de coupure, ça c’est complétement contraire aux droits de l’homme. Il est évident que le Congo a besoin aujourd’hui d’un dialogue national, a besoin de confiance entre ses responsables politiques. Ce type de mesure risque d’aggraver les tensions, et provoquer des violences ou des oppositions.»

Romain Nadal porte-parole du Quai d’Orsay

« Incompatible avec les principes de la démocratie », pour la diplomatie américaine»
Les Etats-Unis quant à eux se sont exprimés par la voix de leur ambassade en RDC pour dire leur « préoccupation » concernant la coupure. « La violation de la liberté de presse par le gouvernement ainsi que le fait de priver la population congolaise de l’accès à l’information sont incompatibles avec les principes démocratiques », affirme le communiqué publié lundi.
La diplomatie belge « regrette vivement cette décision »

Le ministère belge des Affaires étrangères « regrette vivement cette décision, dans la mesure où ces deux radios contribuent de manière significative à la diversité d’information et d’opinions en RDC ». Bruxelles appelle les autorités « à revenir sur cette décision ». Faisant écho aux conclusions du Conseil Affaires Etrangères de l’Union européenne du 17 octobre, la Belgique rappelle que « l’interdiction de manifestations pacifiques, l’intimidation et le harcèlement à l’encontre de l’opposition, de la société civile et des médias ne permettent pas de préparer une transition paisible et démocratique ».
La FIJ exprime son inquiétude

De son côté, Philippe Leruth, président de la Fédération internationale des Journalistes (FIJ) se dit « fort inquiet ». Si « parler de manifestations de l’opposition, comme ça se fait dans tous les pays démocratiques, est assimilé à de la propagande par le pouvoir, c’est dire son respect de l’opposition et de la liberté d’informer », estime le journaliste.
«Cela laisse présager des choses très inquiétantes» Philippe Leruth, président de la Fédération internationale des Journalistes
RSF trouve cette situation « préoccupante »

« On se demande quelle conception, le ministre de la Communication monsieur Mende, peut avoir de la liberté de l’information et des médias », renchérit Cléa Kahn-Sriber, directrice du bureau Afrique de Reporters Sans Frontières (RSF).
On se demande quelle conception, le ministre de la communication monsieur Mende, peut avoir de la liberté de l’information et des médias
Cléa Kahn-Sriber, directrice du bureau Afrique de Reporters Sans Frontières (RSF)
Condamnations aussi en RDC

Au Congo, l’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC) s’est également insurgée de ces décisions contre la presse. « Surtout que nous entrons dans une période très délicate, très chaude, une période au cours de laquelle, les politiciens vont se battre à travers les micros devant des médias qui sont la plupart instrumentalisés et ça va poser un problème réel de liberté de la presse dans notre pays, estime Joseph-Boucard Kasonga Tshilunde, président de l’UNPC. Fermer ces médias, c’est renier même l’existence de la démocratisation de notre pays ».

Comme l’UNPC, l’Ong congolaise la Voix des sans-voix (VSV) « condamne la énième coupure du signal de Radio France internationale (RFI) par le gouvernement congolais » et exige « son rétablissement », dans un communiqué.
«Nous sommes inquiets et nous avons peur» Joseph-Boucard Kasonga Tshilunde, président de l’UNPC

« L’espace démocratique se réduit »

Enfin, concerné au premier chef, le bureau du Haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU « regrette profondément la hausse des restrictions des libertés d’expression et d’assemblée ». D’après sa porte-parole Ravina Shamdasani, « l’espace démocratique se réduit ». Selon elle, « l’interdiction systématique des manifestations et les restrictions imposées aux médias, ne désamorceront pas la tension dans le pays ».

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