DESIGNATION DU PREMIER MINISTRE BADIBANGA OU BIRINDWA : LE PROBLÈME, C’EST TSHISEKEDI !

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L’actualité politique, ces 24 dernières heures, est focalisée sur la nomination de Samy Badibanga Ntita au poste de Premier ministre. Un quotidien de la place a le mot juste avec sa manchette : « Primature : Samy Badibanga, le joker qu’on n’attendait pas ! ». C’est bien la vérité. Les » sondages à la Trump » ne lui étaient pas favorables. Ils voyaient plutôt (re) venir Vital Kamerhe aux affaires. Depuis, les réactions vont dans tous les sens. A l’Udps, Félix Antoine Tshisekedi (Fatshi) – qui passe pour un proche de Samy Badibanga – se fend dans son compte twitter d’un message subtil. « Par sa nomination fantaisiste, Kabila ne fait que distraire l’opinion. Il ne retarde ni n’empêche son départ, à l’échéance du 19 décembre », écrit-il alors que les observateurs avertis attendaient une menace claire à l’endroit du Premier ministre. Apparemment, Badibanga n’a pris que la place préparée pour Fatshi dans le cadre des négociations Mp-Udps ayant préconisé – à en croire Gaston Dyndo – une transition de trois ans…

Ce qu’il y a à retenir d’important à ce stade, c’est que le Président Joseph Kabila a tenu sa parole. Quarante-huit heures plus tôt, dans son discours sur l’état de la Nation, il s’est engagé à se conformer à l’Accord politique issu du Dialogue de la Cité de l’Union africaine, notamment en désignant « incessamment le Premier Ministre qui aura la charge de former le Gouvernement d’union nationale dont la mission principale sera de conduire le peuple aux élections, tout en préservant les acquis économiques et sociaux des quinze dernières années », Gouvernement dont la mission, « tout aussi prioritaire « , est « d’œuvrer à l’amélioration du social de notre population ».
Le 17 novembre 2016, le Chef de l’Etat est passé à l’acte. Il a porté son choix sur Samy Badibanga, jusque-là président du Groupe parlementaire Udps et Alliés.

DÉFAUT CONGÉNITAL

Quelques observateurs de la scène politique congolaise ont comparé cette nomination à celle de Faustin Birindwa, un autre cadre du même parti, reconnu comme « initiateur de la réforme monétaire » que sa formation politique s’apprêtait à entreprendre une fois aux affaires. L’homme, laisse-t-on entendre, pilotait « Stop » (Secrétariat technique de l’opposition), une sorte de laboratoire où l’on expérimentait les actions politiques, économiques et sociales destinées à faire écrouler le régime Mobutu.
Ces observateurs se souviennent du fait que les deux fois où Etienne Tshisekedi avaient accepté le poste de Premier ministre (octobre 1991 et août 1992), des proches comme Marcel Lihau, Frédéric Kibassa, Vincent Mbwankiem et autres Faustin Birindwa voyaient écartés des ministrables leurs « filleuls ». Le lider maximo leur préférait même des personnes totalement étrangères au parti.
Aussi, après la clôture en catastrophe de la Cns le 6 décembre 1992, suivie de la dissolution d’office de son Gouvernement par Mobutu, Etienne Tshisekedi assistera, impuissant, à la convocation par le maréchal du Conclave politique de Kinshasa (Cpk) en 1993.
Pendant que tous les sondages étaient favorables à Thomas Kanza – challenger battu à la Cns – c’est plutôt le joker inattendu qui l’emporta : Faustin Birindwa, Premier ministre pendant une année.

Au final, la solution médiane fut la neutralisation pure et simple du schéma de la Cns et du schéma du Conclave. D’où la 3ème voie qui, en 1994, fit ou vit revenir à la Primature Léon Kengowa Dondo avec, laisse-t-on entendre, la « caution » de Mgr Laurent Monsengwo, aujourd’hui cardinal. Depuis, dit-on, Etienne Tshisekedi n’en finit pas d’en vouloir au prélat et à la Cenco, malgré les tentatives de rapprochement effectuées.
L’enseignement à retenir ici est que le lider maximo a pour défaut congénital la mauvaise gestion des ambitions, pourtant légitimes, des membres de l’Udps tout comme des Alliés. Défaut remontant aux Accords du Palais de Marbre I en 1991.

COULER AVEC LES PREMIERS DÉPUTÉS ELUS

Trente ans après, il est resté le même. Notamment en donnant injonction aux députés élus sur la liste Udps de ne pas siéger à l’Assemblée nationale, au seul motif d’être, lui, « victime de fraude électorale », sans jamais indiquer le score exact de la victoire qui lui aurait été volée !
Pourtant, au cours de la campagne électorale octobre-novembre 2011, il s’était chargé personnellement de présenter les candidats de son parti aux législatives, son soutien se limitant au plan moral. Car, au plan financier et matériel, chaque candidat devait se débrouiller se faire élire. Certains, disait-on, avaient dû vendre qui parcelle, qui véhicule, qui fonds de commerce.
On imagine le choc ressenti en s’entendant dire par leur président national qu’ils risquaient l’exclusion du parti s’ils osaient rejoindre la chambre basse !
On connaît la suite : sur 42 élus, 33 avaient accepté la sanction. Ils avaient fait valider leurs mandats. Ce qui explique l’existence du groupe parlementaire Udps et Alliés présidé depuis 4 ans et demi par Samy Badibanga.
L’égocentrisme de Tshisekedi avait atteint le paroxysme lorsque, dans une interview à Rfi le 20 décembre 2010, il affirmait : « Même si je suis disposé à faire appel à d’autres partis, c’est quand même l’Udps qui s’est battue trente ans pour, d’abord, gagner les élections. Je veux le faire avec les amis dans des plateformes à convenir. Mais, c’est d’abord sur l’UDPS que je compte. Il ne faut pas que je vous donne l’impression que si je ne me rallie pas avec les autres, je n’aurai pas gagné. Pas du tout ! C’est le contraire ! Je fais confiance à mon parti, qui est connu par notre peuple comme étant le seul parti qui a lutté longtemps pour l’intérêt de ce peuple-là. Je sais que l’union fait la force, mais ce n’est pas une nécessité pour moi » !
Aussi, en se repliant sur son propre parti, échoua-t-il à la Présidentielle ! Mais, en décidant de couler avec tout l’équipage constitué pourtant de premiers députés élus de son parti en 30 ans d’existence.

C’EST SON MODUS OPERANDI ET SON MODUS VIVENDI

Badibanga et Birindwa sont deux exemples parmi tant d’autres : Ngalula, Dikonda, Lihau, Mbwankiem, Beltchika, Gisanga, Mukendi, Phoba, Massamba, Shabani, Mavungu, … Certains sont morts, d’autres sont en vie. Tous ont été d’une manière ou d’une autre humiliés par Etienne Tshisekedi, le péché mortel commis étant d’avoir pris quelque liberté par rapport au Sphinx, détenteur du monopole du Savoir et de l’Avoir. Ceci pour les Udépésiens.
Pour les Alliés, l’épreuve avait été pire : Nguz, Ileo, Kengo, Kamanda, Mende et même Olenghankoy. D’ailleurs, chefs coutumiers et chefs religieux restent des hommes à abattre. Et même les diplomates. Comme pour dire de « Rassemblement » qu’il ne fera pas exception s’il arrive à la plateforme lui fera la misère de le positionner présidentiable. L’homme aime le pouvoir, mais il n’aime pas l’exercer. C’est plus fort que lui.
Aussi, du fond du cœur, remercie-t-il Samy Badibanga de lui faire garder son statut de prédilection. Celui d’Opposant éternel.
Il y tient. C’est à la fois son modus operandi. Et son modus vivendi.

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