Tribune: Adolphe Muzito écrit à Samy Badinanga

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L’ancien premier ministre Adolphe Muzito a encore pris sa plume ce mercredi 23 novembre pour s’exprimer sur les enjeux politiques de l’heure.

Il s’est particulièrement adressé au nouveau premier ministre Samy Badibanga.
Pour lui, Samy Badibanga doit d’abord identifier une coalition avant de former son gouvernement. Ensuite, cette coalition politique devra s’atteler à élaborer un programme de gouvernement. C’est alors qu’il devra procéder à la formation d’i gouvernement.
Et dans la formation du gouvernement, l’ancien premier ministre Muzito déconseille le débauchage au nouveau locataire de l’hôtel du gouvernement.
Mais Muzito n’a pas manqué de titiller Samy Badibanga sur sa supposée nationalité belge.
Il aussi relevé que le fait que Samy Badibanga Ntita n’est pas formellement d’un quelconque parti de l’Opposition, cela viole l’Accord politique du 18 octobre 2018.

Alphonse Muderhwa

Ci-dessous la tribune de Muzito

1ère idée-force d’Adolphe MUZITO :Consultations du Premier ministre BADIBANGA, Est-ce pour la formation du gouvernement ou pour la mise en place d’une coalition ?

Dans ma précédente réflexion, j’ai fait remarquer que la nomination du Premier ministre censé provenir de l’opposition, devait être précédée de la mise en place d’une coalition sur base des axes prioritaires du programme du gouvernement, définis par les partis politiques devant faire partie de ce dernier. Cela signifiait que le Premier ministre devait venir de l’un des partis politiques venant de l’opposition, membre de la coalition, dont la formalisation devait être établie préalablement par un informateur. Cette procédure n’ayant pas été respectée, alors que la RDC fonctionne sous un régime parlementaire, celle-ci va être conduite par un gouvernement assis sur aucune coalition, sans programme émanant de celle-ci et avec un Premier ministre émanant non pas de la coalition (indépendant) mais de la volonté du seul président de la République.De qui le Premier ministre et le gouvernement vont-ils tirer la substance de leur programme ?l’accord global n’étant qu’une feuille de route destinée principalement à l’organisation des élections et celle-ci étant plutôt une tache administrative. Car, en principe le Premier ministre doit faire la politique de la coalition en concertation avec le Président de la République et non le contraire.

Le Premier ministre étant ainsi indépendant comme le chef de l’Etat lui-même, il risque de faire le programme du Président de la République, pourtant irresponsable devant le parlement et échapper ainsi au contrôle de ce dernier, devant lequel, il sera pourtant politiquement responsable. Le Premier ministre est en effet, selon cette procédure, un haut fonctionnaire de l’Etat censé mettre en exécution la vision du chef de l’Etat et non l’exécutant de la vision d’une coalition.

Le Premier ministre désigné, n’étant pas issu d’un parti politique, moins encore d’un parti politique de l’opposition (indépendant), il a donc une faiblesse (violation de l’accord et de la constitution). Cette faiblesse constitue en même temps, une force, qui le prédispose à être un bon fédérateur des partis politiques en présence, en faveur d’une coalition, en procédant des manières ci-après :

Consulter les partis politiques dans un premier temps, non pas pour former le gouvernement mais pour définir les grands axes du programme de ce dernier. Dans un second temps, consulter les dits partis pour obtenir d’eux, des hommes avec les profils nécessaires pour formaliser le programme à présenter au parlement pour investiture et pour assurer son exécution.

Cette procédure a les avantages ci-après :

de constituer une coalition qui va sous-tendre son action et se sentir responsable auprès de cette dernière ;
éviter au pays d’avoir des membres du gouvernement se réclamant de l’opposition, tout en étant aux mangeoires ; se mettant ainsi en position de ne pas assumer le bilan de la gestion gouvernementale, à laquelle ils ont pourtant participé,
éviter le parachutage et le débauchage des hommes ne venant pas de partis politiques, qui sont seuls responsables vis-à-vis du peuple,
restaurer la cohésion gouvernementale et celle des partis politiques de la coalition
restaurer le rôle-dirigeant des partis politiques.
Tout ceci, sous réserve du dénouement de la question de la double nationalité du Premier ministre désigné.

Je reviendrai sur le contenu du programme.

Adolphe MUZITO

Premier ministre honoraire

Kinshasa, le 23.11.2016

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