Retour sur les faits du samedi 05 novembre à travers le pays

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Le “grand meeting populaire” annoncé par Etienne Tshisekedi ce samedi 05 novembre n’a pas eu lieu. Un déploiement musclé de la Police, couplé un étrange et interminable match de football au lieu de la manifestation auront suffi à clore cette journée qui finalement sans éclat.

Les autorités congolaises qui avaient interdit cette manifestation des opposants du Rassemblement ont finalement mis leur menace à exécution. Dès 23h (heure locale) la veille, des policiers avaient investi le Boulevard Triomphal de Kinshasa, lieu traditionnel où le Rassemblement, la grande coalition des opposants au président Joseph Kabila a pris habitude d’y organiser ses meetings. « Nous sommes ici pour organiser le déploiement de demain. Nous avons des ordres clairs: empêcher le meeting de ces opposants« , explique un officier à Politico.cd.

Dans la matinée du samedi 05 novembre, cette présence policière s’est accentuée: bouclant les lieux et toutes les rues qui jouxtent le Boulevard Triomphal, situé non loin des sièges des partis de l’opposition sur l’avenue de l’Enseignement, dans la commune de Kasa-vubu, près du centre-ville.

Des policiers et des joueurs

Outre la Police nationale, le Pouvoir a fait usage d’un bien curieux dispositif pour empêcher les partisans de Tshisekedi de protester contre le « glissement », terme donné à la prolongation du mandat du président Joseph Kabila au delà du 19 décembre, telle que l’exige la Constitution. Le terrain de football qui forme l’endroit de la manifestation était totalement occupé par des équipes de football improvisées. Plusieurs équipes livraient une partie de football qui a duré pendant plus de 5 heures, ont constaté nos correspondants sur place.

« Curieusement, les seuls spectateurs admis sont des policiers. Les équipes se relayent. A chaque pause, les joueurs au repos rechaussent les bottines. Difficile de savoir quand les trois rencontres prendront fin. La stratégie d’empêcher l’opposition à tenir son meeting a payé« , observe 7sur7.cd, média kinois traditionnellement acquis à l’opposition congolaise. Du côté de la Police nationale, on affirme qu’un tournoi de foot y était prévu de longue date.

Dans les alentours du « stade improvisé », des véhicules de la Police nationale, mais aussi ceux de la Mission Onusienne dans le pays étaient présents. Des agents du Bureau conjoint des droits de l’homme de l’ONU aussi. La veille, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en RDC, Maman Sambo Sidikou avait lancé un appel à «tous les congolais, notamment les organisateurs de ce meeting et leurs militants ainsi qu’aux forces de l’ordre de la ville de Kinshasa censées encadrer cet évènement [à] faire preuve de retenue et de responsabilité.»

« Nous prenons entretemps des mesures pour renforcer nos patrouilles demain dans la ville de Kinshasa pour veiller, en soutien aux forces de sécurité congolaises, au respect de la personne humaine et la protection des biens publics et privés« , avait-il annoncé.

A moins de cinq kilomètres de là, dans la commune de Limete, fief traditionnel de l’opposition et où est située la résidence d’Etienne Tshisekedi, opposant et président du Rassemblement, la Police a tiré en l’air dès 9h pour disperser des partisans qui influaient en masse pour répondre à l’appelle de leur leader.

A la mi-journée, les signaux de la Radio France Internationale (RFI) et de la Radio Okapi (appartenant à la mission de l’Onu) étaient soit coupés, soit brouillés dans la capitale congolaise.

« Nous trouvons dommage qu’une radio comme Radio Okapi, qui est au service du peuple congolais, soit brouillée. (…) Et nous déplorons aussi le fait que le signal de Radio France Internationale, qui émet sur Kinshasa, ait également été coupé », a déclaré le porte-parole de la Mission de l’ONU au Congo Charles Bambara sur Rfi.Fr. Les autorités congolaises n’ont fourni aucune explication à ces perturbations.

Jean-Marc Kabund, le Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS, parti d’Etienne Tshisekedi) est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il qualifie « d’un Etat policier ». « Ce déploiement des forces de l’ordre est le signe de la peur du régime et de la volonté d’un passage en force », a-t-il affirmé, promettant la poursuive de la marche, sans donner plus de précisions.

La Majorité fustige l’ONU, interdiction à Goma et à Lubumbashi

Du côté de la Majorité Présidentielle, on a pas du tout aimer que les Nations-Unies se rangent aux côtés du Rassemblement en condamnant l’interdiction, par le gouverneur de la ville de Kinshasa, de ce meeting de l’Opposition. Dans un communiqué publié en fin de journée, l’ambassadeur André Alain Atundu, le Porte-parole des partis au pouvoir affirme que l’interdiction du meeting du Rassemblement est « légale et légitime », fustigeant les Nations Unies.

« Les propos de la délégation des Nations Unies, inopportuns dans les circonstances actuelles, ne contribuent nullement à l’instauration du climat d’apaisement et de sérénité si nécessaire au sein de la classe politique pour privilégier l’intérêt supérieur de l’Etat et la normalisation du fonctionnement du système démocratique de notre Pays, comme l’a maintes fois souhaité le Secrétaire Général des Nations Unies« , affirme-t-il.

En effet, trois « experts » des droits de l’homme des Nations Unies ont appelé jeudi les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) à lever une interdiction « injustifiée » des manifestations dans la capitale, Kinshasa.

Pour des experts de l’ONU, «Les droits à la liberté d’expression et à la liberté de réunion pacifique et d’association sont des droits fondamentaux garantis par le droit international. Ces droits ne peuvent être limités que dans des circonstances très précises et étroitement définies ».

« Il est clair que la situation actuelle en RDC ne justifie pas l’interdiction générale des manifestations dans certaines villes », ont déclaré M. Mainia Kiai, Rapporteur spécial sur les droits à la liberté d’association et de manifestation pacifique M. Michel Forst, Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’homme et M David Kaye, Rapporteur spécial sur la promotion et la protection des libertés d’opinion et d’expression.

Dans l’Est du pays, à Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, une conférence de l’opposition a été interdite par la marie. La conférence  organisée par le Rassemblement et qui avait pour thème: ‘‘Que cache l’accord politique du 18 octobre sous la facilitation de Edem Kodjo » devait se tenir à l’hôtel Bungwe (centre-ville). A leur arrivée, les conférenciers ont trouvé le lieu de l’activité assiégé par des éléments de la police. Pour les organisateurs, il s’agit d’une violation « flagrante » de la liberté d’expression.

Dans le sud-ouest du pays, à Lubumbashi, le Maire adjoint de la ville n’a pas autorisé le meeting du Rassemblement prévu le samedi 12 novembre. Dans une correspondante adressée à Antoine Gabriel Kyungu Wa Ku-Mwanza, président du Rassemblement pour la pronvince du Haut-Katanga, l’autorité urbaine justifie sa décision en évoquant les résolutions du ministère de l’intérieur .

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