Pour faire barrage à un compromis politique bidon et anticonstitutionnel, Tshisekedi doit conduire le « Rassemblement » au dialogue

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Un contrepoids s’impose à l’heure actuelle pour contourner le schéma de la Majorité présidentielle visant à s’accrocher au pouvoir au moyen du dialogue. C’est le rôle que doit jouer Etienne Tshisekedi en assouplissant sa position afin de faire barrage à un compromis politique bidon et anticonstitutionnel mijoté par le pouvoir. En lieu et place du boycott, il a tout intérêt à créer l’événement en allant, flanqué de son « Rassemblement », s’approprier ces négociations dont il est l’initiateur et le défenseur.
Le dialogue politique national s’est poursuivi, hier lundi à la cité de l’Union africaine. Naturellement, sans Etienne Tshisekedi et le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement.En fermant la porte à toute forme de compromis pour lever le bouclier à sa participation à ces assises, Etienne Tshisekedi et le « Rassemblement » ont engagé un pari qui risque d’être contreproductif. Dans différents cercles politiques, le sujet alimente désormais les discussions. Etienne Tshisekedi serait-il en train de s’isoler en ravivant davantage un radicalisme et une intransigeance qui commencent à gêner la communauté internationale ?
C’est lui qui a été le premier à réclamer un dialogue avec le camp présidentiel au lendemain de la crise postélectorale de 2011. La Majorité présidentielle a boudé, dans un premier temps. Mais, la persistance de la crise postélectorale, suivie du retour du feu l’abbé Malumalu aux commandes de la Céni, des lignes ont bougé et cela a conduit à la signature à Addis-Abeba, sous l’égide de l’Union africaine, de l’Accord-cadre pour la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs.
Cet accord-cadre avait nettement posé le principe d’un dialogue politique en RDC pour ramener le calme autant dans le pays que dans la sous région. En 2013, la MP avait tenté de contourner le dialogue en empruntant le raccourci des Concertations nationales. Ce forum n’a pas été à la hauteur des enjeux. La mise en place en décembre 2014 d’un gouvernement, dit de cohésion nationale, n’a pas non plus résolu le problème.
Prendre Kabila au mot
En 2015, sous pression de la communauté internationale, le chef de l’Etat Joseph Kabila va réchauffer le projet en en fixant les objectifs et le cadre. Le 15 décembre 2015 devant le Parlement réuni en congrès, il a déclaré qu’il s’agissait de « trouver des solutions consensuelles aux questions majeures qui minent le processus électoral, ouvrant ainsi la voie à des élections crédibles et apaisées ». Il avait tendu sa main à tous les courants politiques et sociaux en indiquant que « ce n’est pas par la violence que nous réglerons nos divergences. Ce n’est pas non plus des Nations Unies, de l’Orient ou de l’Occident que viendront les solutions à nos problèmes. Mais plutôt de nous-mêmes, et par le dialogue entre des Congolaises et des Congolais, mus par la fibre patriotique, et inspirés par l’appel à l’auto-détermination et à l’auto-prise en charge, toujours d’actualité, de nos deux héros nationaux, Patrice Emery Lumumba et M’zée Laurent Désiré Kabila ».
In fine, la communauté internationale a adhéré à la vision d’un dialogue inclusif en désignant un facilitateur international. Une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, 2277, est venue sceller les contours du dialogue en le quadrillant dans les limites de la Constitution.
A Kinshasa, après moult tergiversations, le facilitateur désigné de l’UA a fini par lancer, le 1er septembre à la Cité de l’UA, ce forum tant attendu. En l’absence dans la salle, d’Etienne Tshisekedi et de ses alliés du Rassemblement. La raison de ce boycott est connue, à savoir la non prise en compte complète des préalables posés par le Rassemblement. La libération de quelques prisonniers politiques et d’opinion a été qualifiée de demi-mesures qui ne pouvaient pas conduire à la décrispation politique escomptée.
Changer de cap
L’histoire politique de la RDC renseigne que la politique de la chaise vide n’a jamais payé. L’on a encore frais en mémoire les péripéties de la Conférence nationale souveraine des années 1990. Lorsqu’une frange importante a boudé cette rencontre, feu président Mobutu s’en était réjoui, dans la mesure il avait le champ libre pour imposer son schéma. Mais, lorsque des leaders de l’opposition qui s’étaient mis auparavant à l’écart dans le cadre de l’Usoral ont décidé de rejoindre le Palais du peuple, la dynamique de la salle a fait basculer les calculs politiques du camp de la mouvance présidentielle, permettant à la Conférence de se de gagner en souveraineté avec l’appui du peuple.
La suite est connue. Etienne Tshisekedi a été élu au poste de Premier ministre. Victoire qui n’aurait jamais été possible si l’Opposition avait campé sur sa position de boycotter ces assises. Une vingtaine d’années plus tard, l’on se trouve en face d’une même réalité. Certes, le contexte a changé, mais c’est encore et toujours Etienne Tshisekedi qui est au cœur de la manœuvre. Dans les années 1990, c’est avec lui, de l’intérieur de la CNS, que le peuple a gagné. En 2016, c’est aussi avec lui, à l’intérieur du dialogue politique national que le peuple entend aussi trouver gain de cause.
En cabrant sur sa position de boycott, Etienne Tshisekedi déblaie, sans peut-être s’en rendre compte, le chemin pour un prolongement compromettant et sans contrainte du mandat du chef de l’Etat. Depuis toujours, la MP nourrit ce projet. Le dénouement des travaux qui se sont ouverts, le 1er septembre 2016 à la cité de l’UA, vont sans nul doute consacrer sa victoire. Etienne Tshisekedi et ses alliés vont-ils laisser se commettre ce forfait contre le peuple congolais ? C’est une responsabilité historique qu’ils doivent éviter de porter.
Nombreux sont les observateurs qui estiment qu’en rejoignant le dialogue, le Rassemblement est capable de s’approprier la conduite des travaux et bloquer le schéma de la MP. La voie du durcissement adoptée actuellement n’est pas approuvée totalement par les partenaires qui sont à la fois contre le statu quo et d’éventuels affrontements violents.
Une remontée dans le temps indique qu’en 2003, juste après la signature de l’Accord global et inclusif de Sun City, Etienne Tshisekedi, l’un des signataires de cet accord, partait avec toutes les faveurs pour occuper le poste de vice-président de la République dans le quota de l’Opposition. Dans les tractations qui se font au siège de la Mission des Nations unies, Tshisekedi brille par son absence. Finalement, tout se jouera en sa défaveur, livrant sur un plateau le poste à Z’Ahidi Ngoma. Va-t-il tomber, une fois de plus, dans ce même piège d’hier ?
En 2006, Etienne Tshisekedi va récidiver en appelant au boycott de premières élections libres et démocratiques de la 3ème République. Ses militants refusent, sur son ordre, de s’enrôler. La nature ayant horreur du vide, le MLC de Jean-Pierre Bemba et le Palu d’Antoine Gizenga profiteront de son absence pour rafler des postes au Parlement et au dans le Gouvernement.
En 2011, le président de l’Udps accepte de s’impliquer dans le processus électoral. Mais, son refus de coaliser avec d’autres forces de l’Opposition finit par le fragiliser. Seul, Tshisekedi a perdu, offrant à Joseph Kabila de rempiler, fort de ses deux mandats présidentiels que lui garantit la Constitution. Aujourd’hui, il est sur le point de s’éterniser au pouvoir en profitant de l’opportunité que lui offre le dialogue de changer la Constitution.
Avec le temps, Etienne Tshisekedi n’a-t-il pas pris la mesure de ses « erreurs » ? C’est lui qui, en juin dernier à Bruxelles, lors du conclave de Genval, a rassemblé les forces politiques et sociales acquises au changement avant de leur demander d’aller au dialogue dans le respect de la Résolution 2277 du Conseil de sécurité. Revenu au pays en juillet, il a réitéré sa participation à ce forum national, moyennant bien sûr, les préalables de son regroupement politique. D’aucuns l’ont félicité au motif qu’il s’est montré modéré, prêt à discuter, autrement dit à faire des concessions, pour faire le triomphe de la démocratie et des valeurs républicaines.
Pour l’instant, des analystes sont d’avis que la non satisfaction des préalables posés ne suffirait pas pour empêcher Etienne Tshisekedi et ses alliés du Rassemblement de rejoindre la barque du dialogue pour insuffler un nouvel élan à ce forum.
Contrer la Majorité de l’intérieur
La MP a ses visées par rapport au dialogue. La feuille de route adoptée à l’issue des travaux du comité préparatoire de Béatrice Hôtel l’atteste. De l’autre côté, l’Opposition a produit sa feuille de route qui est une riposte en bonne et due forme de celle de la MP. C’est qu’il y a deux logiques qui s’affrontent. Avec pour terrain le dialogue que tous veulent le plus inclusif possible. Le mode de décision étant le consensus, le Rassemblement peut obtenir de l’intérieur la libération des prisonniers politiques, la cessation de poursuites contre les opposants, dont Moïse Katumbi Chapwe, de même que la réouverture des médias de l’Opposition. C’est encore possible.
La politique, c’est l’art de compromis. Quoi de plus normal que Tshisekedi se déplace vers la cité de l’UA pour imposer un compromis dans le strict respect de la Constitution et de la résolution 2277 des Nations unies. Tshisekedi peut et doit créer l’événement en amenant le « Rassemblement » au dialogue. C’est le seul moyen d’empêcher l’adoption d’un compromis politique bidon et anticonstitutionnel.

Le Potentiel

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