Michel Losembe : « J’ai travaillé d’arrache-pied pour préserver l’épargne des 400 000 clients de la BIAC »

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Le temps passe, mais l’affaire BIAC (Banque internationale pour l’Afrique au Congo) reste au point mort. L’avenir de la quatrième banque de détail de la RDC, en termes de dépôts avec plus de 400 000 comptes en 2015 et la troisième en termes de crédits et de total bilan, est toujours incertain. Une source proche du dossier dénonçait récemment « une affaire de politique et d’égo », faisant des « révélations » notamment sur des prétendus dessous du départ, en début d’année, de l’ancien directeur général de la banque.
Lors d’une interview avec La Tribune Afrique, ce dernier dément cependant certaines informations et revient sur son passage à la tête de la BIAC.
Entretien.

Votre contrat à la tête de la BIAC prenait fin le 15 avril 2016, mais plusieurs semaines auparavant, selon nos sources, Elwin Blattner aurait déjà décidé de se séparer de vous sous pression de la BCC qui ne voulait plus de vous à la tête de la BIAC, sur fond de conflit d’intérêt entre vous et l’actuel gouverneur Deogratias Mutombo depuis les dernières nominations en 2013. Qu’en est-il exactement ?

Il n’a existé aucun conflit d’intérêts entre le Gouverneur de la BCC et moi. J’ai commencé ma mission à la BIAC presqu’en même temps que lui à la BCC en 2013 et nous avons collaboré étroitement aussi bien lorsque j’étais DG de la BIAC que Président de l’Association Congolaise des Banques (ACB) et ce jusqu’à la crise. Au sujet de mon contrat avec la BIAC, j’ai quitté mes fonctions au terme prévu de mon mandat lors d’une assemblée générale ordinaire de l’exercice 2015. En effet, ma mission, d’un commun accord avec la BCC quand j’ai été sollicité par l’actionnaire, était de concevoir un plan de restructuration et de tenter de le mettre en œuvre et c’est ce que j’ai fait. Je n’avais pas vocation à m’installer dans la durée.

Depuis le début de la médiatisation de cette affaire, vous êtes tenu pour victime du »système. » Est-ce le cas ?

Je refuse de rentrer dans la polémique du bouc émissaire, ce n’est pas sur ce plan que je veux me situer mais plutôt sur le danger que courent toujours les déposants. Il faut rappeler que c’est la coupure sans préavis d’une ligne de refinancement de la BCC, sous pression du Gouvernement, qui a provoqué la crise de liquidité et de confiance que la BIAC connaît encore maintenant.

Une source proche du dossier affirme que vous auriez reçu une « enveloppe de plus de six zéro » pour votre départ. Un montant que vous auriez exigé faisant valoir que la décision de vous faire partir était prise avant la fin de votre contrat. Qu’en est-il ?

Ma collaboration avec la BIAC et ses actionnaires était régie par un contrat transparent comportant des clauses de rémunération conformes aux pratiques et standards professionnels en RDC, aucun mécanisme de sortie hors norme n’était prévu. Une certaine presse a évoqué des conditions de rémunération hors de toute proportion avec la réalité, ce qui est faux et facilement vérifiable auprès de mon ancien employeur.

Vous êtes un financier expérimenté et avez fait vos preuves à la tête de grandes banques au Congo. D’ailleurs, même au sein de la BIAC, vos collaborateurs rendent un bon témoignage de votre travail. Quelles sont les sources des difficultés de la BIAC ? Qu’est-ce qui explique la situation présente de la banque ?

Le système financier congolais est aussi fragile que l’économie dont il est issu, avec un niveau de risque de l’environnement élevé. Seuls les établissements dotés d’un système de gouvernance d’entreprise fort et éthique, de procédures robustes, d’un système de contrôle interne efficace et d’une grande probité de son personnel ont des chances de s’en sortir. C’était exactement l’essence de ma mission : réformer complètement la banque et renforcer ses fondations. Je vous suis gré de relater les témoignages de bon nombre d’employés, cadres et non-cadres, de la BIAC qui ont rendu hommage à mon travail.
Toutes les équipes de la BIAC, sous mon mandat, ont en effet très nettement amorcé le processus de professionnalisation et de gouvernance que j’avais mission d’initier. Mais cette mission ne pouvait amener des résultats probants et durables qu’avec un soutien solide des actionnaires et du régulateur bancaire, ce qui a fait défaut en l’espèce, notamment concernant l’indispensable recapitalisation de la banque, prônée depuis des années, et concernant le soutien de la Banque Centrale, dans l’intérêt des épargnants.
Ma mission était une mission de redressement dès le départ et elle était validée aussi bien par les actionnaires que par la BCC. Mon équipe et moi avons travaillé d’arrache-pied et certains résultats commençaient à se faire sentir. C’était un pari risqué dont le seul objectif était de préserver l’épargne des 400.000 clients qui avaient fait confiance à cette grande banque. J’ai exprimé à de nombreuses reprises mes réserves à l’actionnaire, sous forme de communications internes et au cours de réunions formelles auprès de la haute hiérarchie de la BCC.

Un potentiel repreneur est régulièrement annoncé sans concrétisation. Pensez-vous que la BIAC dispose aujourd’hui des chances de s’en sortir ?

Je ne suis plus impliqué dans la situation de la BIAC depuis la fin de mon mandat, mais la reprise de la BIAC était déjà un projet depuis 2015. La dernière année de mon mandat a notamment été consacrée à la recherche de nouveaux investisseurs ou d’autres solutions de refinancement de la BIAC, et des schémas élaborés avaient été mis en place pour ce faire avec l’aide de grands cabinets internationaux de conseil, en ce compris une émission obligataire régionale soutenue par la titrisation de certains actifs liquides et viables détenus par la BIAC.
Il existe diverses manières de sauver l’épargne publique, comme peuvent en témoigner plusieurs exemples de sauvetage de banques réussis dans d’autres pays. Selon mon expérience, ces succès ont un point commun : la cohésion des autorités politiques et monétaires et une vision commune de l’encadrement du secteur financier.

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