Elections hypothéquées : la CENI aggrave la crise politique

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Nangaa

La majorité de Congolais pressentaient l’impasse électorale dans laquelle le dialogue de la Cité de l’Union Africaine allait plonger le pays. Après la dernière prestation du président de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), Corneille Nangaa, l’espoir de la tenue des élections selon un chronogramme précis s’est éloigné. Cet expert électoral a démontré qu’il est impossible d’avancer une date quelconque pour les élections jumelées présidentielle, législatives nationales et provinciales.

A son avis, l’estimation de 16 mois pour la refonte totale du fichier électoral et de 504 jours pour les autres opérations préélectorales (livraison des kits et leur déploiement, nouvelles circonscriptions électorales, formation du personnel, commande et livraison des bulletins de vote, le vote des textes électoraux au niveau du Parlement), est purement indicative. Cela voudrait dire, en d’autres, que rien ne garantit l’achèvement de la révision du fichier électoral pour juillet 2017, ni l’organisation de l’élection présidentielle en novembre 2018. Ainsi donc, toutes les portes restent ouvertes à un « glissement » de calendrier électoral pour une durée indéterminée.

En démontrant, de manière péremptoire, que les contraintes techniques interdisent une « transition » de courte durée, le président de la CENI et tous ceux qui, au sein de la Majorité présidentielle et en dehors de celle-ci, soutiennent l’option de l’ajournement des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales le plus loin possible dans le temps, pensent-ils avoir trouvé la thérapie requise à la crise politique ? Que va-t-il se passer dans les jours et mois à venir, si la voie devant conduire aux élections restent hermétiquement fermée et si le souverain primaire refuse de cautionner le « glissement », comme c’était déjà le cas les 19, 20 et 21 janvier 2015, puis les 19 et 20 septembre 2016 ?

Comment tous ceux qui se retrouvent, depuis plus de 5 ans, sans mandat du souverain primaire et ceux qui vont perdre toute légitimité dans trois mois, vont-ils gérer les contestations non seulement de la classe politique et des masses congolaises, mais aussi des partenaires étrangers qui ne cessent d’exiger le respect de la Constitution dans l’organisation de prochains scrutins, surtout présidentiel ?

Contraintes techniques ou politiques ?

Les observateurs constatent qu’au lieu de faire baisser la tension au pays, le schéma de « glissement » de la Ceni ne fait que l’aggraver. Le mécontentement est d’autant justifié que des études de faisabilité menées par des structures indépendantes aussi bien locales qu’étrangères indiquent qu’il est possible de réduire de manière considérable les délais de refonte du fichier électoral et d’autres opérations préélectorales que cette institution d’appui à la démocratie s’emploie à tirer en longueur. Des experts en questions électorales de l’AETA (Association pour les Elections Transparentes et apaisées), de la Lucha (Lutte pour le Changement), le CALCC par exemple, ont de leur côté fait également la démonstration qu’avec un minimum de volonté politique et de bonne foi, il est possible de limiter le « glissement » à moins d’une année.

Selon l’AETA, l’élection présidentielle peut se tenir en novembre 2017 au plus tard si la CENI réduit le nombre d’aires géographiques pour l’enrôlement, multiplie la quantité des kits électoraux et élimine les « fausses contraintes » techniques qui paralysent les opérations préélectorales.

Lucha propose carrément l’enrôlement des électeurs le jour du vote pour la présidentielle, dont la circonscription électorale s’étend à l’ensemble de la République. Du coup, le fichier électoral serait automatiquement « nettoyé », car les morts, les mineurs et les doublons ne pourraient pas se présenter sur la ligne de départ. L’expérience, rappelle-t-on, a déjà tenu ses promesses en Afrique du Sud et en Sierra Leone, où aucune fraude électorale n’a été relevée.

Avec la perspective quasi certaine du rejet des résolutions du dialogue par l’écrasante majorité des Congolais, des lendemains fort sombres attendent le pays. Ce n’est pas sans raison que des diplomates occidentaux et des Evêques catholiques s’emploient à convaincre les « faucons » de la famille politique du Chef de l’Etat de l’impératif de la tenue d’un dialogue inclusif.

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