Bruxelles, dernière étape avant le retour au pays de Moïse Katumbi (INTERVIEW)

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L'opposant Moise Katumbi

Bruxelles, dernière étape avant le retour au pays….Plus déterminé que jamais, Moïse Katumbi, devenu l’adversaire politique numéro un du président Kabila, se prépare à regagner le Congo. Blessé par une mystérieuse injection alors qu’il gagnait le tribunal de Lubumbashi entouré de la foule de ses partisans, l’ex-gouverneur du Katanga s’est fait soigner aux Etats Unis et aujourd’hui la forme est revenue, la pugnacité aussi. Avant de s’exprimer devant le Parlement européen, à l’initiative de l’association Culture et Progrès, il nous raconte ce qui lui était arrivé au cours de la bousculade qui opposa ses partisans aux forces de sécurité : «J’ai été piqué dans le dos…Des analyses de la substance qui m’avait alors été injectée ont été réalisées à l’étranger et le résultat sera bientôt publié… »
Vous avez été accusé d’avoir recruté des mercenaires, parmi lesquels des Américains, d’avoir spolié la maison d’un ressortissant grec, M. Stoupis. Ne craignez vous pas d’être arrêté dès votre retour ?
Moise Katumbi: Absolument pas, car je n’ai rien fait de mal. Je n’ai rien à me reprocher. On verra bien si Kabila, en me mettant en prison, veut faire de moi son trophée…Quant aux affaires qui m’ont été reprochées, elles ont été montées de toutes pièces par les services de renseignements : parmi les 612 « mercenaires » que j’aurais soi disant recruté, on a découvert qu’il y avait parmi eux des mineurs d’âge et même des enfants, des gens qui travaillaient pour l’entreprise américaine Freeport Mac Roran, bref du n’importe quoi… Il est apparu aussi que les avocats du plaignant grec, M. Stoupis, étaient aussi ceux du chef de l’agence nationale de renseignements (ANR)…Quant à la maison, objet du litige, il s’agît d’une demeure modeste, que ma famille possède depuis longtemps. Je suis même allé en Grèce pour retrouver les documents dont j’aurai besoin pour ma défense. Ce que je constate, à ce stade, c’est instrumentalisation de la justice, ce pays est gouverné par la terreur…
Vous rentrez au Congo, vous allez vous battre sur le terrain politique, vous refusez de participer au dialogue qui se déroule en ce moment à Kinshasa. Qu’est ce qui vous motive ?
MK: C’est très simple : je trouve que la Constitution doit être respectée. Je vous rappelle qu’elle est le fruit d’un accord de paix qui avait mis fin à la guerre, qu’elle avait été adoptée par 85% des Congolais, consultés par referendum. Depuis le début, j’ai dit à quel point j’étais attaché à ce respect de la loi fondamentale, garante de la paix dans notre pays. Quant au dialogue, je n’y participerai pas, car il n’est pas inclusif. D’ailleurs pour moi il s’agît d’un monologue, rien d’autre.
Pour vous qui sont les grands absents ?
MK:Le premier point, c’est que tous les prisonniers politiques auraient dû être libérés. Certes, une dizaine de détenus ont été remis en liberté à la veille du dialogue, mais il en reste une centaine d’autres, plus tous ceux qui viennent d’être arrêtés. Voyez Maître Muyambo, le bâtonnier de Lubumbashi ( ndlr, fondateur du parti « Solidarité katangaise », il est toujours en prison… Ce n’est pas ainsi que les Belges avaient procédé lorsqu’ils avaient organisé la table ronde précédant l’indépendance : les prisonniers avaient tous été libérés, y compris Patrice Lumumba qui arriva à Bruxelles en portant encore la marque des menottes…Or la résolution 2277 de l’ONU réclamait un dialogue vraiment inclusif, où tout le monde se serait retrouvé. On en est loin, Etienne Tshisekedi n’y est pas, ni son parti l’UDPS, moi non plus, le G7 (rassemblement de plusieurs personnalités qui avaient dirgé aux côtés du président Kabila) est absent, des associations comme la Lucha, de Goma, ou Filimbi, qui représentent la jeunesse, donc l’avenir du pays, ont annoncé qu’elles ne participeraient pas à ce monologue, la vraie société civile n’est pas là…
On ne peut donc rien en attendre, cet accord n’aura aucune valeur. Ce que veut le pouvoir, c’est gagner du temps, faire passer le principe du suffrage indirect, des élections locales qui précéderaient les présidentielles, bref entériner le « glissement »..
Il apparaît cependant que les conditions matérielles ne sont pas réunies pour que les élections aient lieu dans les délais, c’est à dire avant le 19 décembre, date de l’expiration du mandat du président Kabila.
Il est vrai que les autorités n’ont rien mis en place pour que l’on puisse voter dans les temps. Or depuis 2012 les sommes nécessaires au financement des élections avaient été budgétisées et je me demande d’ailleurs « où est passé cet argent » ? Il y a là une faute, évidente. Pourquoi le président Kabila, responsable de cette faute, pour ne pas dire plus, devrait il grâce à cela bénéficier d’un bonus ?
Pour moi c’est clair, la Constitution est formelle : le 20 décembre son deuxième et dernier mandat se termine et c’est le 19 septembre prochain que la Commission électorale doit fixer la date des élections. Même si le « monologue » devait déboucher sur un texte scellant un accord politique entre les participants, il n’aurait pas de valeur : ce qui compte c’est le respect de la Constitution. Une majorité de Congolais partage cet avis… Voyez les images du dernier match de football de l’équipe nationale à Kinshasa, dimanche dernier : au lieu d’applaudir l’équipe qui marquait des points et allait gagner, les gens plus de 100.000 personnes-criaient « Kabila, ton mandat est terminé ». Cela, c’est ce que tout le monde pense au Congo. Mais le président est aujourd’hui entouré d’anciens mobutistes qui pensent d’abord à leur intérêt personnel, pour qui la politique est un business…
Dans le passé, vous aviez de bonnes relations avec M. Kabila, vous avez même fait campagne pour lui au Katanga lors des élections de 2011..
MK:Bien sûr, le l’ai soutenu à fond, mais aujourd’hui je constate qu’il va rater sa sortie. Il aurait pu passer à l’histoire, avec l’image d’un jeune président qui avait reconstruit son pays, installé la démocratie et respecté ses règles. Quel bel exemple il aurait été pour l’Afrique ! La brouille entre nous a commencé lorsqu’à Lubumbashi, alors qu’en septembre 2015, j’ai déclaré qu’il n’y aurait pas de troisième pénalty dans le match politique congolais. Le président, qui se trouvait alors au Katanga, l’a très mal pris, car en clair je rappelais que la Constitution congolaise, adoptée par referendum, ne prévoit pas de troisième mandat. Que voulez vous ? Je suis ainsi : un homme d’affaires, mais aussi un homme de parole, pour qui un engagement est un engagement. Lorsque vous traitez avec des investisseurs, il faut croire au respect de la parole donnée. Cela vaut en politique aussi.
Kabila aujourd’hui doit savoir qu’il est temps de partir… Il est encore jeune, et doit penser à l’ «après Kabila ».S’il reste, c’est alors que l’on risque le chaos, l’instabilité. Voyez ce qui s’est passé au Burundi. Là, la communauté internationale a réagi alors qu’il était trop tard. C’est pourquoi je dis que c’est maintenant qu’il faut envoyer au Congo des observateurs, des journalistes, par centaines, pour qu’ils rapportent ce qu’ils entendent, ce qu’ils voient…
Quelles sont les prochaines échéances ?
Très rapprochées. C’est le 19 de ce mois que la Commission électorale doit publier son calendrier. Si elle ne le fait pas, les manifestations vont commencer. Dans tout le pays. Ce n’est pas le « monologue » en cours qui va dissuader les gens.
Quel message adressez vous à Vital Kamerhe, qui a accepté de travailler aux côtés du facilitateur EdemKodjo ?
MK:Je le connais depuis longtemps, j’ai de l’estime pour lui, et je lui dis « Vital fais attention, retombe sur tes pieds, ne sers pas de caution au « glissement » au changement de la Constitution, le peuple ne te suivra pas.
Au Congo, nous arrivons à la fin de la deuxième mi-temps. Il n’y aura pas de prolongation après le 19 décembre. . Même s’il devait y avoir un accord politique, il ne prévaudra jamais sur la Constitution. Et je conclurai qu’à propos des massacres de Beni, et d’ailleurs, il est urgent de mettre sur pied un Tribunal international sur le Congo, afin de mettre fin à l’impunité.

Le Soir

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