Beni : “des mains politiques congolaises” derrière les massacres, selon le maire de la ville

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Nyonyi Bwanakawa, maire de la ville de Beni

Les massacres qui endeuillent depuis plus de deux ans la région de Beni sont le fait d’une “nébuleuse” derrière laquelle se cachent “des mains politiques congolaises” aux mobiles obscurs, déclare le maire de cette ville de l’Est de la République démocratique du Congo dans un entretien avec l’AFP.
Beni et ses environs, dans le nord de la province du Nord-Kivu, sont le théâtre depuis octobre 2014 d’une succession de massacres de civils perpétrés essentiellement à l’arme blanche et ayant fait des centaines de morts : environ 700 selon l’ONU, jusqu’à 1.300 selon un collectif d’ONG, de syndicats et de représentants des confessions religieuses.

Carte des massacres dans la région de Beni. © GEC
Les autorités congolaises et la Mission de l’ONU au Congo (Monusco), qui se sont montrées jusque-là incapables d’enrayer cette vague de violence, imputent ces tueries à une rébellion ougandaise musulmane mal connue, installée dans la région depuis des années, les Forces démocratiques alliées (ADF).
Plusieurs rapports d’experts ou de chercheurs, sans exonérer les ADF de leurs responsabilités, affirment que ceux-ci bénéficient de complicités locales, notamment au sein de l’armée congolaise, rendant la violence dans cette zone particulièrement difficile à comprendre.
“Pourquoi ces tueries ignobles ?”, s’interroge le maire de Beni, Bwanakawa Nyonyi, en recevant l’AFP dans son bureau de l’hôtel de ville de Beni, petite bâtisse coloniale au centre de cette ville de 800.000 habitants, sans réseau électrique ni rue asphaltée en dehors de l’avenue principale.
“Pourquoi et comment un groupe de rebelles ougandais peut-il se mettre à tuer impunément et sans distinction d’âge, de sexe, de profession ou bien de religion les citoyens congolais, c’est la question que tout le monde se pose”, relève M. Bwanakawa, nommé, comme tous les maires du pays, par le président congolais Joseph Kabila.
Dès lors, “ce phénomène peut cesser d’être défini ou appelé comme un groupe rebelle ougandais basé au Congo (et) il est possible qu’il y ait des mains politiques congolaises derrière ce phénomène”, ajoute-t-il.
Calvaire

Interrogé sur l’identité de ces commanditaires congolais et leurs mobiles, M. Bwanakawa déclare que cela reste mystérieux. “Les ADF, c’est une mosaïque, c’est une nébuleuse, il faut mener des recherches pour qu’on circonscrive ce phénomène, pour qu’on le comprenne” afin de le combattre efficacement, dit-il.
“Mais à partir du moment où j’ai précisé qu’il y a des mains politiques congolaises, ça veut dire que leur objectif me paraît être politique”, ajoute-t-il, alors que le pays traverse une crise politique profonde, exacerbée par le renvoi à une date non fixée de la présidentielle devant permettre l’élection d’un successeur à M. Kabila.
L’enracinement des ADF en terre congolaise, par le truchement d’une autre milice hostile au président ougandais Yoweri Museveni avec laquelle le groupe fut allié, remonte à la fin de la décennie 1980. Localement, les rebelles ougandais, installés à l’abri de la forêt dense du massif montagneux du Ruwenzori, ont noué des relations commerciales et matrimoniales avec certaines familles.

Les islamistes ougandais des ADF
Mais leur présence a toujours été “un calvaire pour la population”, souligne M. Bwanakawa, faisant référence aux recrutements forcés, aux taxes illégales prélevées par la milice, ainsi qu’aux nombreux crimes de sang dont elle s’est rendue coupable.
Néanmoins, “les ADF ont commencé à être [vraiment] un problème pour le coin ici à partir de juillet 2011 alors que les élections étaient programmées pour novembre 2011”, ajoute le maire, faisant référence au scrutin contesté, entaché de fraudes massives, ayant reconduit à la présidence M. Kabila, et à l’origine de la crise politique actuelle.
La vague d’enlèvements (environ un millier de personnes dont on est toujours sans nouvelles, selon M. Bwanakawa) et d’assassinats imputés alors à la milice avait suivi une offensive militaire lancée contre elle et suspendue en 2012 pour concentrer l’effort guerrier contre un autre groupe armé, le M23, dans le sud du Nord-Kivu. Cette province est déchirée par les conflits depuis plus de vingt ans.
Le regain de violence depuis octobre 2014 a suivi l’essoufflement d’une nouvelle opération de l’armée congolaise contre les ADF après la chute du M23. Les ADF n’ayant jamais revendiqué la moindre action en territoire congolais, les buts qu’elles poursuivent restent difficiles à comprendre.
Pour le maire de Beni, “des Ougandais qui se mettraient à tuer les Congolais, ça ne s’explique pas”. Notant que les ADF “n’ont pas attaqué un centimètre carré de l’Ouganda” depuis des années, il regrette que ce soient “les villages et les agglomérations congolaises qui [fassent] toujours les frais” de la violence.

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